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JOUR 15 – 2 juillet – Les enfants sauvages

mai 9, 2021

JOUR 15 – Brengues – Marcilhac sur Célé : 10 km de kayak

Le calme avant le kayak

Nous avons rendez-vous en fin de matinée au niveau du camping pour une étape par la voie la plus légitime quand on traverse la vallée du Célé : le Célé lui-même !

Nous avons le temps. Le ciel est gris et dans ma tête j’ai mis de côté la marche pour la journée. Les affaires rangées, on traîne un peu, je prends quelques photos du lieu pour me souvenir. Direction le même café-restaurant-boulangerie-etc qu’hier, pour un café. Le café se transforme en deux cafés et une bière, et je prends le temps de lire le journal.



La femme qui a dit non

Je reste scotchée devant un article qui parle d’une femme qui se bat depuis plus d’une décennie à la suite de la mort de son mari dans un accident. D’un ressenti mêlé d’incompréhension et de rage elle a réussi, en enquêtant littéralement jour et nuit, à déterrer des accidents similaires dans toute l’Europe, par dizaines, et un défaut de fabrication d’une grande marque de pneumatique. Elle est passée pour une illuminée, s’est faite critiquée, a perdu des proches qui n’ont jamais compris. Aujourd’hui, elle a pu mobiliser des journalistes pour être enfin entendue, un procès peut potentiellement voir le jour. Je pense encore de temps en temps à cette histoire, j’ai beaucoup de respect pour cette femme qui a dit non.

L’article à consulter ici en version abonné.e : Face à Goodyear, Sophie Rollet « seule contre tous » (lemonde.fr)


Les petits sauvages

On change d’ambiance en se déplaçant au camping de Brengues, en bas du village. L’équipe de canoë est en retard. Il y’a un peu d’animation au niveau de l’accueil, trois personnes rangent des tonnelles. Hier il y’avait au camping de la danse africaine, un barbecue avec cochon à la broche. A voir leurs yeux fatigués, on sent qu’on a raté la soirée de l’année. Nous sommes accompagnés par trois enfants sauvages et attachants, qui veulent partir avec nous. Vers 11h notre attente se termine et pour nous dire au revoir, ils nous offrent des cailloux et des insectes morts dans des fleurs.


Seuls au monde

Après quelques explications, nous laissons nos sacs de voyage à l’équipier et c’est parti ! Je connais ma droite et ma gauche mais pendant au moins une heure je me retrouve à faire assez souvent des 360 degrés. J’ai le rôle le plus sportif en étant devant, Nicolas à l’arrière est censé donné la bonne direction au canoé. Dans les faits je fais un peu les deux, tant bien que mal et lui profite de la vue. Je me vengerai plus tard.

Et c’est magnifique. D’abord les paysages. Nous sommes plongés dans la vallée du Célé entre la végétation et les falaises granitiques. Il y’a deux jours je regardais le Célé depuis les hauteurs, maintenant je me sens toute petite en voguant dessus.

Et puis, nous sommes seuls au monde. Comme sur les chemins de marche, la covid a annihilé le tourisme, nous sommes peu sur les routes. Je plains bien sûr les structures comme celle que nous avons choisi car leur existence dépend du tourisme. Mais égoïstement, ce sont des conditions idéales.



Dany Boon et les maisons semi-troglodytes

Même si le temps paraît s’ être arrêté, nous ressentons la faim et l’envie d’une bière. L’équipier à Brengues nous a parlé en milieu de trajet d’un camping à Saint-Sulpice. Se garer en canoë n’est pas chose facile, nous sommes encore plus trempés. Le temps est gris, il fait heureusement assez doux.

Le camping est vaste et bien situé, mais désespérément vide. Son gérant nous accueille pourtant tout sourire, et nous passons l’heure à discuter ensemble. Il a une histoire de vie multiple et passionnante, mais ce que j’ai retenu c’est surtout qu’il était à l’école avec Dany Boon. Je n’en suis pas vraiment fan mais ça sort un peu de nulle part et il en est très fier.


Nous terminons notre pause en visitant le village de Saint Sulpice. J’ai l’impression de redécouvrir la marche, et ça grimpe. Les photos parlent d’elles-mêmes, il n’y a pas un chat. A vrai dire, si, il y’avait seulement un chat.

Les maisons troglodytes ou semi-troglodytes sont une particularité de la vallée. Le troglodyte, c’est l’habitant d’une maison creusée dans la roche ou faite à partir d’une falaise. Ca peut d’ailleurs être au choix un homme ou un animal qui s’est construit un abri.


L’arrivée à Marcilhac-sur-Célé

Nous avons encore ramé pendant une heure ou deux dans les mêmes conditions exceptionnelles. L’expédition terminée, on en veut encore, et on décide de le refaire le lendemain, sur une vingtaine de kilomètres cette fois. La vallée du Célé doit se traverser au maximum comme ça, les pieds dans l’eau.

En rangeant le matériel, on croise du monde, et deux femmes retiennent mon attention. Elles sont enjouées et on rigole rapidement avec elles avant de les quitter et de marcher direction le centre. Il est 16h passé, nous ne savons pas encore où dormir.

Nous arrivons dans ce qui doit être le centre du village, il y’a une rue passante et on voit tout de suite un bar – le Titruc – qui a l’air original et accueillant. On retrouve le couple vu précédemment et une bière plus tard, on se met à la même table. Je ne sais pas combien de bières on a bu, mais cette soirée était exceptionnelle et bienveillante. La mère d’une des deux nous a rejoint, tout aussi géniale. Elle nous a offert une carte postale à Nicolas et à moi, en plus de nous offrir le repas. Nous nous quittons la larme à l’œil, tous ému.e.s par ce moment passé tous les cinq.


L’allemande et le tympan Charlemagne

Le café possède un gîte dans le village, les choses se font naturellement. C’est un dortoir tranquille, que nous partageons avec une personne allemande – selon notre hébergeur – que nous trouvons en rentrant allongée en maillot de bain sur son lit, la fenêtre grande ouverte. Dans ce genre de situation il vaut mieux ne pas poser de question. Mais il fait froid. Dans la poubelle de la salle de bain je vois une 8/6. La soirée a été bonne aussi pour elle.

Avant de nous coucher, nous faisons un saut pour visiter l’abbaye en ruines du village. J’y ressens beaucoup d’histoires passées, certaines des pierres ont vécu à la même époque que Charlemagne. L’ivresse légère provoquée par la soirée et le lieu lui-même ont un côté mystique. Il fait bon et rentrée au gîte, le sommeil tombe simplement.

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