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JOUR 17 – 4 juillet – L’effaceur de mammouth et le plus beau village de France

mai 12, 2021
Compostelle Vallée du Célé / Cabrerets – Grotte de Pech Merle – Saint-Cirq Lapopie : 12km

Un détour dans la variante

Je reprends la marche pour une courte étape de 8 plus 4 km. Nous allons à Saint-Cirq Lapopie, qui n’est pas sur le chemin, mais ce serait dommage de rater cette occasion. C’est un court détour, un village à découvrir et j’ai le temps.

Les vêtements étendus hier sont toujours trempés, le soleil se lève mais il est déjà tard. Tant pis, comme une bonne pèlerine, ils vont sécher directement sur mon sac. Nous quittons le camping vers les 10h mais le décollage réel ne se fera qu’à onze heures passées. Le temps de prendre un café sous fond de jazz à La Roue, de faire quelques courses pour le repas du midi.


La grotte du Pech Merle

J’avais presque oublié ce que c’était que grimper, la montée pour sortir du centre est longue et abrupte. Qui plus est nous sommes en retard. Notre première étape, c’est de visiter la grotte du Pech Merle, située à Cabrerets dans les hauteurs. Nous arrivons tant bien que mal sans masque, la visite a démarré par quelques explications du contexte et des conditions de la visite.


Quand tu visites un lieu comme celui-ci, ce qui joue beaucoup, c’est le guide que tu as. Et là c’était magique : le guide a la voix de Jean Lassalle, c’était – très – difficile à suivre. Les explications étaient si ce n’est absentes, tout du moins très simplistes. Du coup je posais beaucoup de questions auxquelles le guide soit répondait que c’était en débat parmi les scientifiques, soit ne répondait pas. J’ai appris plus tard que la plupart des guides étaient des habitants de Cabrerets. Mais quand même.


De main de femme ?

Mais ce que j’ai vu vaut le détour, l’art rupestre est passionnant et n’a rien à nous envier. Je ne suis pourtant pas sensible au street art mais la démarche m’y fait beaucoup penser. Les ‘Chevaux ponctués’ ont été datés au carbone 14 aux alentours de 25.000 ans. On dirait qu’ils courent, l’impression de mouvement est bien représenté. Ils recouvrent une peinture pré-existante d’un poisson du coup bien plus ancien. Tout a l’air d’avoir été peint la veille.

La ‘Main négative‘ faite au pochoir est émouvante ; ce serait selon les scientifiques une main de femme. Cette hypothèse va dans le sens de découvertes récentes affirmant que des femmes ont pu contribuer aux différentes peintures préhistoriques trouvées jusqu’ici. Il s’agit juste parfois d’élargir un peu sa façon de penser…


Plus d’informations sur leur site : Centre de préhistoire et grotte du Pech Merle (il y’a une visite virtuelle !)


L’effaceur de mammouth : André Breton was here

Nous terminons en découvrant une exposition sur la grotte, l’occasion d’apprendre un peu plus de choses que pendant la visite. La région est très riche en sites préhistoriques, et la grotte a été découverte en 1922, un peu comme à Lascaux, par des adolescents. La différence c’est que la grotte du Pech Merle n’est pas une reproduction, et bien que fragile les visites y sont fréquentes mais en comité restreint.

J’y apprends aussi qu’elle est classée comme monument historique en 1952. Année que choisit André Breton, chef de file surréaliste qui habitait à l’époque à Saint-Cirq Lapopie, pour se prendre la tête avec un guide lors de sa visite de la grotte. Intriguée par la fraîcheur de la peinture, il touche la ligne peinte d’un mammouth.

Ce qui commence par une rixe se terminera par un procès pour dégradation de monument historique, qu’il perd malgré le soutien de nombreuses personnalités principalement intellectuelles. Le résultat est à double tranchant pour la grotte du Pech Merle : une publicité (inter)nationale et une remise en question de l’authenticité des peintures.


Pause snack à Bouziès

Nous reprenons notre route en début d’après-midi. On alterne entre des chemins complètement découverts suivi d’un parcours ombragé dans des sentiers forestiers. Comme tout ce qui monte finit un jour par descendre, les derniers kilomètres avant Bouziès sont tranquilles, voire très agréables à la marche.

L’arrivée dans le village l’est moins car elle se fait sur une route passante et sans protection. Mais on touche presque les falaises à notre droite, on sent la fraîcheur de la rivière à notre gauche. Passés le pont suspendu, on arrive dans Bouziès, petit village au cœur de la Vallée du Lot entre Cahors et Saint-Cirq-Lapopie.



Il commence à faire faim. Bouziès possède un espace de loisirs où nous trouvons facilement de la verdure et un banc au bord de l’eau. Un snack présent également, ce qui nous vaut quelques allers-retours pour chercher des bières fraîches. Ce matin Nicolas a pris des Rocamadour, fromages fait à Saint-Cirq Lapopie, c’est un délice.



Le chemin de halage

Difficile de se remettre en route mais il ne reste que 4km jusqu’à notre destination finale et j’ai hâte de visiter Saint-Cirq Lapopie. Le chemin a suivre est d’abord un chemin de halage, il a été crée en 1843. Il servait originellement de sentier sur lesquels les chevaux tiraient des bateaux à contre-courant.

Après le premier kilomètre on longe des champs, c’est plat et tranquille, niveau touriste sans trop de touristes. J’en profite pour apprendre avec Nicolas – qui est franco-chilien – quelques mots utiles d’espagnol pour la suite de Compostelle.

Pour le dernier kilomètre nous choisissons d’emprunter un ‘GR sportif’, qui nous fait souffrir jusqu’à arriver, comme à Conques (ici) au beau milieu du centre ville. Et comme à Conques, c’est une belle brutalité.



Le plus beau village de France ?

Il y a du monde mais rien d’étouffant. Nous décidons d’abord de passer par le camping poser nos affaires avant de visiter le village. Bien nous en faut car il se situe à la périphérie de Saint-Cirq, ce qui nous vaut encore 20 bonnes minutes de marche.

Saint-Cirq Lapopie est un village médiéval classé, et a été élu plus beau village de France en 2012. Je ne ferai pas la guide touristique car toute information est trouvable en ligne ou sur place. Par contre, j’invite quiconque s’y rend à se promener dans les rues, à regarder partout et à lever la tête. Il y’a de bons artisans, des cafés et des lieux de vie qui sont à voir. Les points de vue enfin sont partout, le village est bâti sur une falaise.

Ce qui est intéressant c’est le nom. Saint-Cirq est en hommage au martyr le plus jeune de la chrétienté, trois ans environ. C’est un certain Saint-Amadour – j’en parle ici – qui en ramènera les reliques en France. Lapopie correspond à une des trois familles de nobles qui détenait au Moyen-Age le village. Pourquoi le nom de celle-ci en particulier, va savoir ?

Mon avis ? Le village est à faire, il y’a une âme et une histoire chargée qui se dégagent. Mais pour des raisons qui me sont propres j’ai trouvé plus de cachet à Décazeville ou à Cabrerets par exemple.



Le tonton bière

Après une bière avec vue dans le village, nous décidons de revenir sur nos pas et de tenter de dîner autour du camping. Sur le conseil d’une serveuse, nous nous rendons au village voisin, la Tour de Faure. Le restaurant Le P’tit Popie nous donne l’occasion de passer une soirée arrosée, les plats sont bons et l’accueil bienveillant. L’occasion de découvrir la spécialité du restaurant, le ‘Tonton’, dont le marketing laisse à désirer mais qui est étonnamment bon !

Quand nous quittons le restaurant pour retrouver le camping, celui-ci se transforme petit à petit en salle de danse.

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