Culture Marche à pieds

JOUR 19 – 6 juillet – Couscous-Boulaouane à Cahors

juillet 23, 2021
Compostelle Vallée du Célé / Pasturat – Cahors : 21 km
La fleur au fusil

Ce matin du 6 juillet, après un petit déjeuner complet pris avec nos hôtes, nous partons la fleur au fusil et très motivé.e.s pour affronter la journée. Il le faut, depuis plusieurs jours nous enchaînons les étapes courtes. Aujourd’hui nous allons direction Cahors, qui est à plus d’une vingtaine de kilomètres de notre réveil.

A peine sorti.e.s de Pasturat c’est une montée qui nous accueille, et ce sera un enchaînement de montées et de descentes pendant une heure jusqu’à apercevoir le premier village. Nous arrivons dans la commune de Vers en stalactite, passons un pont et nous retrouvons dans ce qui ressemble à de la civilisation.


Je commence à comprendre que quelque chose est louche quand je vois les panneaux de signalisation qui indiquent Cahors…dans l’autre sens. Mais je ne dis rien, le GR passe parfois par des chemins tortueux et j’ai déjà pu relever cette situation sans pour autant que cela relève de l’étrange. Mais presque passée la petite ville de Vers et sans plus d’indications, nous décidons par précaution de demander notre chemin.


A l’envers à Vers

Ce n’est pas un suspens, nous sommes en train de repartir. Alors pas dans l’autre sens, mais direction Figeac par la voie du GR65 classique. Ai-je précisé plus tôt que nous avions beaucoup de route à faire ?


Bref pas le temps de rouspéter, et pas de pause, on va tenter de retrouver le bon panneau. A vrai dire, ils sont rares depuis ce matin. Je tente mon GPS, très utile en Corée mais pas très efficient ici. Il faut juste repartir dans l’autre sens et trouver le moment où on a pas regardé. Et au bout de quarante cinq minutes, on trouve LE panneau et on recommence à souffler.


Les chiens suicidaires de Compostelle

D’autant que les chemins par la suite sont agréables, même si le temps reste couvert. La vallée est différente, on est plus vraiment dans le paysage du Célé des derniers jours. Les falaises bleues disparaissent, on passe à une végétation fournie mais pour moi moins sauvage, ou plus habituelle ?

A la croisée entre le chemin bétonné et un chemin de terre, nous manquons d’assister à un accident. Un chien a décidé de s’élancer sur la route, en oubliant de regarder à gauche et à droite. Mais que font les parents ? Passée cette péripétie nous reprenons sur un chemin devenu plat que nous suivons sur quelques kilomètres jusqu’au village d’Arcambal.



La brasserie des gens heureux

Arrivé.e.s à Arcambal, le village paraît tout petit. Il fait faim et chaud. Contre la chaleur on ne peut rien faire, et la boulangerie vu sur mon GPS n’a plus vraiment l’air d’ exister. Dépité.e.s et l’estomac vide, nous décidons de continuer dans le village et d’espérer que Cahors ne soit plus très loin. Deux cents mètres plus tard nous vivons un bel ascenseur émotionnel : une grande place, des gens, et une brasserie !

Le lieu est encore en construction mais on nous propose d’inaugurer leur formule planchette pour donner notre avis. Quelle torture ! Accompagnée de deux pintes de Ratz blanche et bio. La gérante est extrêmement bienveillante, elle a travaillé sur Compostelle en tant qu’hôte et a fait une bonne partie du chemin. Ce qui semble assez rare pour être souligné.



Le verre à moitié plein

Quitter Arcambal est difficile, l’accueil était top d’une part, mais surtout on a beaucoup trop mangé et bu. Il est 14h et les nuages ont depuis quelques heures laissés la place à un soleil qui cogne. Mais le reste du chemin est calme, on longe d’abord des champs avant de rentrer doucement dans une forêt. Depuis Arcambal et jusqu’à Cahors, nous serons accompagné.e.s du Lot comme troisième compagnon. Il tente de nous rafraîchir à distance mais ça ne fonctionne pas vraiment.

Et petit à petit les signes de civilisation que nous avions quittés reviennent, nous entrons dans la périphérie de Cahors : bateaux, jardins, cabanes et écluses. Il reste deux kilomètres avant d’arriver à ce qui représente pour moi la moitié du chemin français, mais uniquement le quart du chemin jusqu’à Santiago.


Arrivée à Cahors

En voyant Cahors se rapprocher pas à pas, je refais le compte des derniers jours : la Vallée du Célé, ses falaises et ses maisons troglodytes, le charme des villages et de ses habitants. Ce n’est pas objectif, mais je crois que j’ai choisi le meilleur des trois chemins.


Ça s’en va et ça revient : retrouvailles !

La périphérie de Cahors est vaste, nous mettons un moment avant d’arriver au centre. Le gîte précédent nous a conseillé d’aller au Relais des Jacobins, on apprendra dans la soirée qu’ils sont à moitié propriétaires du lieu, ceci explique cela.

Nous recevons un très bon accueil de la part de Jean-Clair, qui gère le lieu avec sa compagne ; et après avoir effectuée ma routine quotidienne – s’installer, ranger ses affaires, prendre une douche – il est temps de découvrir un peu Cahors ! C’est une grande ville par rapport à ce j’ai pu faire jusqu’ici, il y’a une histoire et des cartes postales.

Mais comme rien ne se passe jamais comme prévu et que c’est très bien comme ça, à peine dix minutes après avoir démarré un périple à travers le centre-ville, nous tombons sur Yahn, que j’avais croisé ici et revu à quelques reprises ; mais que je ne pensais pas vraiment revoir au vu de notre différence de cadence. Il est attablé avec différentes personnes que je n’ai jamais rencontrées ou très brièvement : Didier, Stéphanie, Nadav, Marie etc.


Un couscous-boulaouane à Cahors

La visite de Cahors se fera demain, peut-être. Ce soir je suis ravie de retrouver des pèlerins, d’en rencontrer d’autres, d’écouter le son d’un autre chemin et de raconter le mien. Nous prenons quelques verres ensemble sur une terrasse, et puis une partie d’entre nous, sur les conseils d’un hébergeur de Cahors, file manger un couscous. Et parce qu’autant ne pas respecter les codes, Cahors restera pour moi non pas la ville du vin, mais celle d’un bon couscous arrosé de quelques bouteilles de Boulaouane.

La soirée est douce et drôle, j’apprécie de plus en plus ce genre de moments, dès lors qu’ils sont contrebalancés par des moments plus calmes. La moitié du chemin français est effectuée, il reste encore beaucoup de choses à vivre.


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