Culture Marche à pieds Voyage

JOUR 20 – 7 juillet – Dormir en terrain mongole

juillet 26, 2021
Compostelle GR65/ Cahors – Lascabanes: 24 km
Concert et tendinite

La veille nous sommes rentré.e.s suffisamment tard pour ne plus croiser personne. En descendant avec nos affaires, nous recroisons Yahn qui vient filmer. Le départ peut attendre, nous nous rendons dans le jardin où d’autres pèlerins déjeunent, pour assister à un concert improvisé de Jeph. Il marchait avec sa guitare mais depuis une tendinite sévère il vit depuis deux semaines dans le gîte de Jean-Clair, y a ses habitudes et fait presque partie de la famille.

D’apparence ça a l’air d’aller, mais concrètement il va falloir qu’il fasse un choix, tenter de repartir ou s’arrêter. La tendinite fait partie de la plus grosse frayeur des marcheurs, et les histoires de personnes quasiment arrivées qui ne peuvent plus avancer sont légion. Je compatis.

Je le connais aussi de nom parce qu’il était passé par les Souliers de Michel, ce qui m’avait valu encore un quiproquo : une autre Marie cherchait désespérément à le revoir pour partager pourquoi pas un verre de pastis. Clairement pas moi donc, mais les voies.x de la Radio Camino sont impénétrables.

Le lien vers les chansons de Jeph et la vidéo de Yahn aka Le Renard Vagabond sont par ici : (76) Chemin de Compostelle J22 – pause à Cahors – YouTube


Faux départ de Cahors

Nous retournons sous le porche pour récupérer nos sacs. Je ne le précise pas forcément, mais il est souvent obligatoire de laisser les sacs à l’extérieur du gîte, pour éviter les punaises de lit. Un sac poubelle fait partie des incontournables de mon prêt-à-porter de cet été ; un cadenas également. Je rencontre très brièvement Paul, arrivé la veille au soir. Il a l’air très enjoué, parle à tout le monde comme s’il les connaissait depuis dix ans. Il a surtout l’air de marcher vite, il fait partie des gens que je ne devrais plus revoir sur le chemin avec le rythme actuel.


Photos issues de la page Facebook du Relais des Jacobins


Nous démarrons avec Yahn, qui fait une pause à Cahors. Notre départ n’en est pas vraiment un, nous nous posons d’abord dans un bar à vins à côté de la cathédrale ; ils font souvent d’excellents cafés. Didier vu la veille nous rejoint et décide à 9h30 de prendre un ballon de rouge. Et pourquoi pas !


Courte visite de Cahors : l’ange et la cathédrale

Pas possible de quitter Cahors sans visiter sa cathédrale. A l’entrée je découvre une immense statue de bronze qui a le mérite de retenir l’attention. D’abord aperçu de dos, je tourne autour pour découvrir une sorte de chimère dont les ailes semblent brûlés et les jambes arrachées. Elle a l’air centenaire ; je découvre en me renseignant qu’au contraire. L’ange du Lazaret a été sculptée par Marc Petit pour la ville en….2015 !

Je ne suis pas une inconditionnelle de Baudelaire, mais la voir me fait penser rapidement au poème Une charogne ; l’ange regarde une entrée de la cathédrale sans pouvoir jamais y rentrer. J’ai de la peine pour cette statue et elle me touche beaucoup.


Et arrivé.e.s dans la cathédrale il y’a une répétition sans doute, du piano en tout cas qui accompagne notre balade dans le lieu.

Nous arrivons ensuite dans la cathédrale sur de l’orgue, qui va accompagner notre visite. Hélas et un peu comme d’habitude, j’inviterai les personnes intéressées par l’intérieur de la cathédrale à ne pas trop compter sur moi pour le leur montrer. Par contre, je peux un peu raconter sa vie.

La cathédrale Saint-Etienne de Cahors a été construite à partir du 12ème siècle, une grosse partie de ses murs a donc environ 900 ans. Elle mélange les styles roman et gothique et est classée au patrimoine mondial de l’Unesco. La cathédrale abriterait la Sainte Coiffe, une relique qu’aurait porté le Christ au moment de sa mise au tombeau. Mais cette dernière n’a pas fait partie des reliques profanées lors du pillage d’Henri de Navarre avant son accession au trône. Heureusement qu’il s’est rattrapé avec la poule au pot.



Courte visite de Cahors : ses commerces et le pont Valentré

Nous quittons Yahn, pour aller faire quelques emplettes dans un hall et sur un marché. Quelques tranches de jambon cru, tomates et cartes postales plus tard, il est temps de partir. Il est onze heures passées. Nous traversons le centre ville et la belle place Gambetta. Le chemin est bien balisé jusqu’à apercevoir le pont Valentré, qui est le deuxième symbole fort de la ville avec son vin. Il fait 172 mètres de long et est lui aussi classé au patrimoine mondial de l’Unesco.


Le concernant, il paraitrait que son architecte, au 14ème siècle, aurait passé un pacte avec le diable pour faire avancer ses travaux, mais a tenté de le berner. Pour se venger le diable aurait retiré chaque nuit des pierres posées la veille, empêchant les travaux de se finaliser. Il paraitrait aussi que cette légende a tout bonnement été inventée par l’architecte lui-même pour justifier de la lenteur des travaux. En honneur de cette légende, un petit diable a été construit sur le pont.

Avant de traverser le pont nous faisons un concours-de-photos-du-pont avec Nicolas. Mon résultat ci-dessous. Sans commentaire.


Courte visite de Cahors – son point de vue

La traversée du pont se fait entourés de beaucoup de touristes, et on commence à voir ce qui nous attend. Un dénivelé assez brutal pour sortir de la ville. Le poids du sac de Nicolas me fait peur, je l’imagine tomber à la renverse. C’est sportif jusqu’à la croix Magne, mais on s’en sort.

Et quand on se retourne la vue vaut largement tous ces efforts.

Le chemin par la suite et sur la journée ne sera en revanche pas difficile. C’est plat et on alterne entre des chemins boisés d’abord avec le plateau du Quercy. Quelques chemins de béton ensuite mais sans aucune circulation excepté des marcheurs. L’ombre est rare, je sens que ma peau brûle même avec de la crème.



La prise de Labastide : de l’eau !

Nous sommes en manque aigu d’eau, il fait extrêmement chaud. Arrivé.e.s à Labastide Marnhac, je ne fais hélas pas du tout attention au village, j’ai du mal à me concentrer. Par contre, la première chose que je vois c’est un panneau ‘EAU POTABLE’ qui nous mène à l’arrière de l’église. Nous sommes refaits et à la limite de courir. Mais desséchés comme nous le sommes, on y arriverait même pas.

A l’ombre pas très loin de là j’aperçois Paul, qui était dans le même gîte que nous le matin, mais avec qui nous n’avions qu’assez peu échangés. Nous prenons une grosse pause avec lui et je remarque qu’un peu comme Nicolas, son sac est une épicerie : café, muesli, ravitaillements en tous genres. Stéphane, rencontré le soir précédent au restaurant, nous rejoint.

Nous décidons de reprendre la route tous les quatre. Paul a un hamac, Stéphane une tente ; et même s’ils sont libres de s’installer où ils le souhaitent ils ont l’air intrigué par le gîte dont nous leur parlons qui se situe à Lascabanes. Il reste d’ici là encore 15km de marche, ils décideront plus tard. Nous allons de toute façon dans la même direction.


Le lavement des pieds des pèlerins

Je crois que je suis la seule à souffrir de la chaleur sur tout le trajet, donc j’essaie de ne pas trop m’en plaindre. Paul, comme je l’avais supposé à Cahors, a un très bon rythme de marche. Il n’est pas parti du Puy mais de bien avant, en traversant avec sa boussole accrochée à la ceinture des chemins de montagne. Ou plutôt des montagnes sans chemin ? Stéphane et lui sont motivés, et même si la fatigue se fait ressentir pour certains ; tous les quatre nous passons un bon moment à discuter en maintenant le bon cap.


Nous avons totalement quitté le béton pour des longs chemins de terre. J’ai un peu de mal à estimer la distance jusqu’à Lascabanes, la chaleur semble étirer le nombre de kilomètres parcourus.

En entrant dans un village, nous demandons notre route à un couple de promeneurs. C’est le prochain village, mais le gîte que nous visons est excentré. On apprend également qu’il est possible pour les pèlerins uniquement de se faire laver les pieds par une sœur. Ce qui ne m’intéresse pas forcément a l’air par contre de motiver mes collègues. Je lis hélas un peu de déception sur leur visage quand nous découvrons que c’est le prêtre qui s’en occupe.


Dormir dans une yourte mongole : check !

Ils décident tout de même de le faire, et je continue la route jusqu’au gîte. Mon appât à moi, c’est la découverte du lieu et de la piscine ! Et je suis accessoirement envoyée comme éclaireuse pour négocier des places pour Paul et Stéphane.

Un kilomètre plus tard, j’arrive au fameux gîte du Sabatier, où je suis accueillie par Jean-Sébastien avec un verre d’eau au sirop. Je ne sais pas si je l’ai précisé auparavant, mais offrir un verre d’eau, généralement à la menthe, n’est pas systématique mais traditionnel de la part de nombreux hôtes. Pour requinquer le moral des troupes qui arrivent fatigués par leur marche hebdomadaire.

La particularité du gîte, c’est d’abord la possibilité de dormir dans une yourte de tradition mongole, ou dans un dôme géodésique, c’est à dire de forme sphérique. Et puis les produits qu’ils proposent sont en biodynamie, et les constructions attenantes – cuisine en libre-service, salle de bain et sauna notamment – sont réalisées par Jean-Sébastien de façon éco-responsable.


Initialement Jean-Sébastien et sa compagne Laetitia ne se sont pas installés à Lascabanes pour construire des gîtes. Mais, et ça arrive souvent, des pèlerins venaient parfois les voir pour savoir s’ils pouvaient planter leur tente. Ils sont bien placés et possèdent un terrain très vaste. C’est comme ça qu’ils ont démarré ; ils ne sont pas dans une démarche commerciale et n’ouvrent pas tout le temps.


Des pâtes du Moyen-Age

L’accueil est timide mais bienveillant, et après une visite complète des lieux, je profite de ma solitude pour accéder à la piscine. C’est un régal, l’eau détend des muscles éreintés. Je découvre aussi la yourte, très spacieuse et nous serons les seuls à y dormir – deux pour 4 places – ce qui est un luxe. Il y fait bon, c’est très coloré et je suis ravie de faire cette expérience.


Mes trois compères arrivent un peu plus tard, ils n’ont pas pu se faire laver les pieds mais ont trouvé un bar tenu par deux dames qui ont eu du mal à les laisser partir.

Ce soir, et ce malgré les installations, ce sera demi-pension. Les accueils sont tous différents et j’ai vraiment aimé la fausse simplicité de celui-ci. Jean-Sébastien et sa femme avaient par exemple préparé des pates bolognaises, mais avec une recette très ancienne. Les enfants avaient ajouté leur contribution en designant les desserts. Un régal. Nous partageons la bouteille de Cahors avec notre hôte, et sommes ensuite rejoints par Stéphane et Paul.


La soirée est douce, le moment est convivial. Avant de me coucher j’ai aperçu quelques livres sur les étagères de la cuisine en libre-service. Je sens que je vais très bien dormir dans cette yourte mongole.

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