Culture Marche à pieds

JOUR 22 – 9 juillet – Picotée par les blés, fouler l’herbe menue

juillet 29, 2021

Compostelle GR65 / Lauzerte – Moissac : 27km

La boucle de l’enfer

Ce matin pendant que nous rangeons nos sacs, Nicole fait son apparition. Elle rentre d’une garde de nuit, et prend encore le temps de discuter avec nous. C’est appréciable, en plus des gâteaux et d’une boisson chaude qu’elle nous propose. Elle repart un peu plus tard en nous laissant gérer notre départ, j’apprécie la liberté et la confiance dont elle fait preuve.

Avec Paul nous retournons d’abord sur la place aux arcades boire un café. On y retrouve Stéphane et Nicolas qui nous racontent leur aventure de la veille. Finalement les deux s’étaient motivés et sont bien partis hier pour Lauzerte, mais à des temps différents. Stéphane a marché sans à priori trop regarder son chemin, qu’il a demandé pour être sûr à un autochtone. Plus il marchait, plus il avait une impression de déjà-vu.

Il a tout compris quand il a vu au loin Nicolas venir dans sa direction. Il avait fait une boucle de plusieurs kilomètres et repartait dans l’autre sens. Un fou rire de Nicolas plus tard, ils ont décidé de s’arrêter bien à 8km de Lauzerte et de planter chacun leur tente. Ils sont partis aux aurores ce matin pour nous retrouver à Lauzerte, et viennent du coup de réaliser une belle montée.


Qui est le plus dangereux des trois ?

Des pauses s’imposent

Evidemment dans ce genre de situation, même si je souhaitais partir tôt pour éviter la chaleur, je leur accorde clairement du temps et plusieurs cafés. Pour qu’ils se remettent de leur première marche et qu’ils se sentent prêts à redémarrer. Nous retournons au Café du commerce de la veille. Avant de partir un petit prédateur vient nous saluer.

Nous quittons tous les quatre – Nicolas, Stéphane, Paul et moi – Lauzerte logiquement en descendant, ce qui donne l’impression que tout est facile. Mais une fois le plat revenu, les premières chaleurs et la semi-cuite d’hier rendent le trajet compliqué.

Après un kilomètre de terre battue, le chemin monte en forêt. C’est difficile, on fera une puis deux pauses sur un banc et au niveau de la chapelle de Saint-Sernin pour trouver de l’eau. Le Christ en bois retient mon attention, il est très…primaire ?



Philippe Manœuvre was here

Juste après la forêt on marchera presque toute la journée sous le soleil à travers de longs chemins dans des champs dont les repousses me picotent les chevilles. Pendant une grosse partie du trajet on parle musique avec Stéphane. C’est une véritable encyclopédie du rock et il a vu du beau linge au cours de sa vie.

Après une montée qui tape à nouveau – je paie vraiment la soirée de la veille – nous arrivons à Dufort-Lacapelette. Le village suit majoritairement une départementale mais reste agréable. Au bout de celui-ci il y a le Graal : un café-bar-tabac-épicerie ! Le garde-manger n’est pas très imposant mais je ne m’en plaindrai pas, et il y’a de la bière.

Cette pause fait du bien. J’arrive même à apprécier une salade à la mexicaine en conserve. Le gérant vient nous parler et nous évoque quelques anecdotes avec des pèlerins, il n’est pas toujours sympa à leur – à notre du coup – égard.



Le grand jeu de l’été 2020

Le long du chemin je remarque ce qui ressemble de loin à des vignes, mais ce sont des plantations de kiwis. Est-ce que je suis la seule à penser que ça ne poussait pas en France ?

Après la pause, on marque encore un stop à 2km à peine après la sortie de Dufort-Lacapelette. Nous sommes au bord d’un étang, il ne fait pas frais du tout mais je m’endors quelques instants avant de repartir.

Près de 6/7km avant l’arrivée, on remonte dans la forêt, ça grimpe à nouveau. Et il me semble que c’est pendant cet effort qu’on commence à jouer à « quel objet pas-forcément-utile-mais-lourd Stéphane transporte dans son sac ? » . Le concept est assez simple à comprendre, Stéphane porte sur son dos 25 kilos. Forcément on peut partir du principe que tout n’y est pas indispensable. Donc chaque jour nous tenterons de découvrir un objet insolite. Aujourd’hui, la réponse est : une corde d’escalade !


De l’eau !

Il continue à faire chaud et on est tous en rade d’eau. Au loin on aperçoit ce qui doit être un lieu-dit, Paul prend nos gourdes et part à la recherche d’eau auprès des habitants. Une vingtaine de minutes plus tard, il revient les bras chargés d’or bleu. Stéphane et Nicolas commencent à ressentir très fort les kilomètres parcourus en plus ce matin. Ils vont attendre avant de reprendre, il reste 5km.



J’avance avec Paul assez vite et une heure après avoir quitté nos amis, nous entrons dans la périphérie de Moissac. Il reste 2km avant le gîte de l’Ancien Carmel, 2km de départementale pas joli. Nous tentons de demander notre chemin à des autochtones, qui ne répondent pas. Grosse ambiance.



Moissac et l’ancien Carmel

Mais on y arrive, le gîte de l’Ancien Carmel se situe à 100m en surplomb de l’Abbaye de Moissac qu’on aperçoit au loin. La cour intérieure est très fleurie et accueillante, il y’a des jardins et des terrasses alentours. Des hospitaliers nous accueillent et nous installent dans un dortoir. Les hébergements sont modernes mais plus fonctionnels que beaux. Ils sentent un peu l’hôpital, et les portes – mais c’est toujours le cas – ne se verrouillent pas.



Je ne prends pas de demi-pension, d’autres marcheurs mangent à l’extérieur et je vais les rejoindre. En partant je croise Stéphane et Nicolas, qui sont arrivés mais semblent au bout du rouleau. Ils nous rejoindront plus tard s’ils en sont capables.

La place principale de Moissac est vaste et très animée. L’Abbaye est impressionnante, j’ai hâte de la visiter demain avant de partir. Il paraît que le cloître est également à voir pour tout pèlerin qui se respecte, tout au moins par ceux.celles intéressé.e.s par l’Histoire.

Nous dînons avec une vue sur le monument religieux au Florentin. Nous sommes une dizaine à table, avec les marcheurs de la veille notamment. Les plats sont excellents, je passe un bon moment.


Photo issue de leur site


Le presque dancing de Moissac

Pour la suite de la soirée, nous cherchons un endroit où danser. Thibaut – qui est classé en danse me semble-t-il – a les jambes qui le démangent. Il en vient même à aller voir la police pour leur poser des questions. Sa persévérance paie, nous irons au Kiosque de l’Uvarium.

Pendant notre marche je discute un peu avec Nadav. Il est d’Israël et est arrivé en France en début d’année 2020 pour y resté confiné à partir de mars. Avant de partir il a souhaité marcher sur Compostelle. Il a commencé pieds nus – ! – jusqu’à ce qu’on lui offre des chaussures. Il n’est pas extrême pour autant et du haut de ses 23 ans il a déjà une sagesse que je respecte beaucoup. Comme moi il apprécie de passer du temps avec les autres mais une part de lui a l’impression de s’éloigner de ce qu’il cherche sans savoir vraiment de quoi il s’agit.

Arrivé.e.s au Kiosque, nous passons une soirée sympa, mais nous ne danserons pas. Difficile de danser le tango ou la bossanova sur de l’électro.


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