Culture Marche à pieds

JOUR 6 – 23 juin – Radio Camino

juillet 27, 2020
Nasbinals – St Chély d’Aubrac : 18km

Aujourd’hui et malgré ma motivation à avancer, je ne vais marcher ‘que’ sur 18km. Il n’y a pas beaucoup d’options quand on dort en gîte, c’est 18km ou 34km pour le prochain accueil. Mon pied gagne, je préfère jouer la sécurité et assurer la suite. Mais c’est la première fois que je me dit qu’une tente aurait été une option sympa, pour avoir la liberté de choisir sa destination sans contrainte. Tout du moins, elles ne sont pas les mêmes.


Radio camino : un service plus ou moins fiable

Il existe sur le chemin la ‘radio camino’. J’imagine qu’elle est exacerbée cette année car nous ne sommes pas nombreu.x.ses. Le principe : les pèlerins, et c’est normal, partagent et racontent leurs histoires à d’autres pèlerins, les personnes qu’ils ont rencontrées. Et souvent, ces personnes, tu finis par les rencontrer sur une étape : ‘Ah c’est toi qui…?, ‘Oui un tel m’a parlé de toi…’ etc’. C’est drôle. Mais parfois c’est faux. Comme ce matin où 3 personnes m’ont demandées si j’allais mieux, or je ne savais pas que je n’allais pas bien. Ma volonté de rester seule hier soir s’est transformée en ‘Marie a fait un malaise ! ‘. Voilà en condensé tout le pouvoir de Radio Camino. Et ce n’ était que le début.


I ♡ l’Aubrac

Je prends le petit-déjeuner avec Marjorie, mon hôtesse, avec qui nous poursuivons la conversation d’hier. La confiture est faite maison, un régal ! Je la quitte en promettant de lui envoyer une carte postale de Santiago. Le noter ici me fera-t-il y penser ? Je l’espère sincèrement.

Les paysages traversés changent un peu de la veille, il y’a plus de chemins de terre que de champs, c’est plus sauvage et ça me plaît encore plus. Je croise ce qui semblent être des frênes, des chênes et des noisetiers. Il fait de plus en plus chaud, mais je m’en accommode. Je me sens bien.

Beaucoup de portions du sentier sont privées, ce qui me laisse imaginer les difficultés rencontrées pour aménager ou gérer le chemin. L’avantage, c’est que seuls les randonneurs sont tolérés, car tu traverses des chemins de terre, il n’y a aucune voiture à l’horizon. Le bonheur. Je croise beaucoup de randonneurs en sens inverse, plus que de pèlerins dans mon sens.


Aubrac : attentes VS réalité

En milieu de parcours il y’a la ville d’Aubrac. Enfin, c’est ce que je croyais, car il s’agit plutôt d’un village. Mais l’histoire du lieu et son aspect intemporel donnent le change.

‘Alto braco’ ou Aubrac – qui signifie lieu élevé – a été créé au XIIème siècle. Adalard, vicomte flamand, se rendait à Compostelle. Sauf que, comme beaucoup à cette époque, il a failli mourir plusieurs fois lors de sa traversée de l’Aubrac, à cause du froid et à cause des brigands qui savaient où trouver l’oseille. Il a survécu, et y voyant une intervention divine, il a décidé de créer un ordre hospitalier dans la région, pour aider les pèlerins et leur fournir gîte et couvert. C’est devenu la Domerie, et le village s’est construit autour.

Il y’a pleins de beaux lieux à y voir également, comme la Tour des Anglais, l’ancien sanatorium ou la ville en elle-même qui a conservé un cachet qui vous plonge des décennies en arrière.

En quittant ce village, j’aperçois le panneau ‘Laguiole’. Je me demande s’ils font comme à Espelette, et s’il y’a des farandoles de couteaux partout… Je regrette de ne pas y être passée, ça restera un mystère.


Terminus : St Chély d’Aubrac

L’arrivée à St Chély d’Aubrac se fait en descente, en pleine chaleur et sur du béton : mes genoux s’en souviendront. Le village est accueillant avec un St-Jacques en promo ; les commerces sont ouverts et je trouve une épicerie digne de ce nom : fromages du coin, boucherie et sourire de l’épicier : je revis !

Il est encore tôt, le gîte communal est ouvert et je peux au moins me poser le temps d’attendre mes hôtes. Récent et refait à neuf, je suis franchement bien tombée. Les pèlerins arrivent au fur et à mesure, et je retrouve Julien. Julien est un pèlerin nancéen – et fier de l’être ! – qui a déjà marché sur une portion de Compostelle deux ans auparavant. Il a décidé de la refaire cette année.

Nos hôtes Fanny et Jérémy sont originaires du Nord de la France, ils ont fait un virage à 360° dans leur vie pour reprendre le gîte et le camping du village. Ils sont très accueillants mais je mettrai un bémol sur leur forcing à prendre le petit-déjeuner, qui était assez désagréable. Mais bon, au vu de la situation, j’arrive à comprendre.

Le gîte est rempli, je revois d’anciennes têtes et me lie d’amitié le temps de la soirée avec de nouvelles. Les histoires de vie des gens sont passionnantes, ça fait du bien d’être bercée dans un environnement bienveillant. L’âge, barrière habituelle en temps normal, ne compte pas ici. Après quelques bières prises dans un bar, nous cuisinons tous ensemble et partageons notre bonne humeur. Une joyeuse colonie de vacances.

On sort aussi doucement du climat très montagnard de l’Aubrac et de ses nuits fraîches. Cette nuit est douce et je m’endors, encore, avec le sourire.


Les photos dont je ne sais pas quoi faire sont par ici :

No Comments

    Leave a Reply