Culture Marche à pieds

JOUR 7 – 24 juin – Un musée du scaphandre à Espalion ?

juillet 27, 2020
St Chély d’Aubrac – Espalion : 22km (de souffrance)

Il est impératif quand tu marches de prendre en compte toutes les variables. Ce sont les kilomètres, ta forme physique ou…les dénivelés. Beaucoup de pèlerins choisissent de s’arrêter sur cette étape à St-Côme-d’Olt (15km). D’abord parce qu’on enchaîne les descentes, puis les montées. Et pour s’arrêter au couvent de Malet, gérée par des sœurs ursulines – un ordre religieux fondé au XVIème siècle-.

Je choisis de rallonger de quelques kilomètres l’étape jusqu’à Espalion. On m’a parlé d’une variante après St-Côme-d’Olt qui longerait la rive et qui est un peu goudronnée, si on veut éviter les montées et les points de vue qui en sont la récompense. Il fait très chaud mais je choisis la grimpette.


De la forêt jusqu’à St-Côme-d’Olt

Entre St Chély et St-Côme d’Olt, le paysage est uniquement composé de forêt, donc ombragé, et de fermes isolées. Je croise Julien et Olivier, qui vont à leur rythme mais avec qui je passe quelques instants. La conversation est riche, nous parlons des arbres qui communiquent entre eux ; du fait qu’un vieil arbre a toujours quelque chose à dire aux plus jeunes, même abimé par le temps.

Je reprends mon rythme qui me dépasse, les paysages défilent et me donnent parfois l’impression de voler, surtout à travers la forêt où je pourrais passer des heures sans m’arrêter. Mais j’aperçois déjà St-Côme au loin et il est temps de dire au revoir à cette dernière le temps d’une ville.


St-Côme se love (poke Nicolas P.) au creux de la Vallée du Lot, on a quitté depuis quelques kilomètres l’Aubrac et avec lui ses paysages et sa végétation sauvage. C’est en voyant la végétation et les paysages évoluer que je ressens les kilomètres accomplis plus que par les kilomètres eux-mêmes.

La ville impressionne par ses remparts qui sont devenus des façades de maisons, son aspect médiéval avec des portes fortifiées et ses monuments. L’église gothique date du XVIème siècle et a un clocher dit ‘flammé’. St-Côme entre dans le classement des plus beaux villages de France.

J’ai regretté 5 minutes de ne pas m’y être arrêtée, mais j’ai foi en Espalion, qui aura sans doute son charme à elle aussi.


La Vierge de Vermus a les oreilles qui sifflent

Entre St-Côme et Espalion, il reste environ 7km mais presque autant de montées. Je vise la Vierge de Vermus, parce qu’après il restera 2km de descente jusqu’à l’entrée d’Espalion. C’est galère et mon corps n’est pas encore habitué à cette chaleur, mais mes jambes font du bon travail. Elle a dû en entendre cette Vierge de la part des pèlerins et promeneurs qui arrivent à cran. Mais la vue en vaut la peine.

C’est perturbant d’arriver vers une statue qui nous tourne le dos, il y’a une petite appréhension à découvrir son visage. Hélas mes photos de face sont à contre-jour, je vous laisse le loisir d’aller le découvrir par vous-même.


L’arrivée à Espalion : de l’eau !

A moins d’un kilomètre de l’arrivée se situe l’église de Perse. Tu viens d’escalader des dénivelés assez forts, tu es fatiguée et la chaleur est dense. Mais tu y montes. Oui parce que pour accéder à l’église il faut encore monter un petit peu. Au sommet il y’a de l’eau potable, mais l’église….est fermée.

Je vais lire les panneaux et imaginer l’intérieur. Le monument tire ses origines du pèlerinage de Compostelle, et date du XIème siècle. L’église est construite en grès rouge, et le fait d’avoir un cimetière attenant est une conservation des traditions médiévales. Voilà pour les informations touristiques. Le tympan, toujours à l’extérieur, vaut le coup d’œil !


La véritable arrivée se fait le long du Lot, j’ai hésité à piquer une tête. Les gens qui se baignent me rafraîchissent, et me frustrent d’autant plus. Une douche, vite ! L’endroit est beau, il y’a des spots un peu partout pour planter sa tente…décidément, j’y pense encore.

Espalion a une place privilégiée sur le chemin de Compostelle, et c’est ce qui en a fait sa richesse en plus d’être construite à flan du Lot. Tu le ressent à travers son architecture accueillante et imposante, la richesse des ornementations ça et là sur les églises, les portes et les maisons.


B. le magnifique ou Monsieur 1%

J’arrive fatiguée et toujours en besoin intense d’une douche devant le gîte Au fil de l’eau. Il y’a déjà quelqu’un devant le bâtiment, un autre pèlerin sans doute, et je me faufile à l’intérieur quand il ouvre la porte. Et là…comment dire. Il existe des personnes avec qui tu vas t’entendre, parce que la nature humaine a bien fait les choses. Généralement ça va représenter 80% des gens dans la vie hors Compostelle, 99% sur Compostelle.

Mais il en existe d’autres avec qui tu auras beau essayer de communiquer, rien à faire, on est pas fait pour se comprendre. B. fait partie de cette catégorie là, le 1%. Et nous partageons le même dortoir.

Je vous fait part d’un extrait de notre première conversation :

« – Tu as fait quelle étape aujourd’hui ? (ça c’est moi)
– Non mais c’est dingue que tout le monde demande ça ! (ça c’est sa réponse)
– D’accord.
– Je veux dire, c’est bizarre de poser toujours cette question.
– Non, c’est juste pour être polie et parce que si on a fait la même étape, c’est bien d’en discuter et d’échanger sur les difficultés ou les belles choses qu’ont a pu voir, je sais pas.
– …..(Gros blanc) »

Vingt minutes et une bonne douche plus tard, il souffle et râle en attendant notre hébergeante. Essaie-t-il de communiquer ? Y’a-t-il quelque chose que je n’ai pas compris ? Je le laisse râler et je choisis de m’éloigner de ses énergies négatives, chacun sa croix.


Au fil du Lot : le mystère du scaphandre résolu !

Notre hôtesse arrive. Mireille, c’est en faisant Compostelle qu’elle s’est rendue compte qu’elle voulait ouvrir un gîte, accueillir des gens et partager son expérience avec les pèlerins. Nous échangeons longtemps, elle a l’air heureuse de ce qu’elle fait, mais forcément anxieuse en raison du covid et du manque à gagner qu’elle subit. Elle a repris le gîte il y’a deux ans. Malgré tout, l’expérience vécue chez elle est impeccable et humaine.

Mireille a également levé le voile sur un débat que nous avions hier avec d’autres pèlerins : comment ça se fait qu’il y’a un musée du scaphandre à Espalion ? Le Lot n’est pas si profond.

A question simple, réponse simple : les inventeurs du premier scaphandre autonomes en 1864 sont des espalionnais : Rouquayrol et Denayrouze. Les premiers essais auraient été effectués dans le Lot ; et Jules Verne s’en serait inspiré pour son capitaine Némo dans 20.000 lieues sous les mers. Classe !

Fichier:Espalion - Musée du Scaphandre (21).jpg — Wikipédia
Image tirée du Musée du scaphandre à Espalion

Santiago c’est….

B. choisi de manger seul, je passe la soirée autour d’une pizza et d’un verre de rosé avec Marie-Noelle, que j’ai déjà vu quelques fois ; et un autre pèlerin dont le prénom m’a échappé avec le temps. Les deux sont déjà allés jusqu’à Santiago. On en parle, un peu, mais ils respectent ma volonté de ne rien savoir sur ce qu’il y’a là-bas et à quoi ressemblent les étapes ‘phares’. Il y’a d’autres sujets et j’apprends que Boubou a disparu de la circulation. Il a dû rentré chez lui, j’espère qu’il va bien.

Parfois quand je marche seule je pense – c’est sans doute prématuré – à l’arrivée à Santiago. J’imagine juste un panneau, je n’arrive pas à percevoir le reste. Mais ce panneau et seulement lui me remplis d’une motivation et d’une vague d’émotion que je n’arrive pas à décrire. Chaque pèlerin rencontré, s’il n’en a pas trop dit, est ému dès qu’il en parle.

Je reste un peu dans la cuisine après le départ des autres pèlerins pour rêvasser. Je retourne au dortoir retrouver mon cher et tendre qui se plaint parce que je ferme la fenêtre. Une remarque acérée de ma part et il se tait. Parfois c’est plus difficile de vivre en communauté, mais ça ne m’a pas empêché de dormir.


Les photos dont je ne sais pas quoi faire sont par ici :

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