Culture Marche à pieds

JOUR 8 – 25 juin – C’est ton Estaing !

juillet 28, 2020
Espalion – Le Soulié : 35km

Warning : les prochains articles, écrits avec amour, sont très longs.

Départ aux aurores, le petit-déjeuner est délicieux et j’ai même du rab que je glisse dans mon sac au cas où. Je ne fais pas de pause pour manger le midi, mais ça pourra m’être utile. Julien m’avait parlé d’une étape à 28km, mais pas des plus faciles. Sinon B. ou monsieur 1% fait la tronche ce matin, ça change.

Espalion est calme, et le soleil est déjà de sortie. Sur le premier kilomètre je rencontre d’autres compères, pas marcheurs pour un sou ceux là. Je tente le coup mais ils n’ont pas l’air motivés à me suivre.

La sortie d’Espalion est jolie mais tu arrives rapidement sur une portion de départementale. J’ai connu mieux.


L’église de St-Pierre Bessuejouls teasée depuis 2 étapes

Parfois tu sens que le chemin a été modifié. Au niveau de St-Pierre, soit après 2km de marche, j’ai l’impression de faire une boucle plus touristique que logistique. Je passe par l’église de St-Pierre Bessuejouls et je m’arrête. On m’a parlé d’une originalité à voir à l’intérieur. Au sein de l’église il y’aurait deux portes, une à gauche, une à droite, il faut en choisir une. Mais comme c’est ma veine, l’église est fermée. J’aurais raté en prenant une porte l’accès à un escalier en colimaçon, une originalité architecturale pour l’époque. Et une chapelle au 1er étage !

L’église est en grès rouge, et recèlerait de ‘véritables trésors artistiques’. Dont apparemment une série de modillons – ce sont des ornements placés sous une corniche – avec en guest star le personnage de la ‘Prostituée de l’Apocalypse’, qui a des pieds de cochons. Pour toi, et surtout pour moi, j’ai cherché cette pépite sur internet.


Qu’est-ce qui nous fait marcher ?

Après la sortie de St-Pierre, le chemin alterne entre de la terre, de la rocaille et des ornières. Mais à la fin, c’est toujours le béton qui gagne. Je ne sue pas beaucoup habituellement, mais là c’est difficile.

Je sens que mon corps subit le trop-plein de kilomètres que je lui fait parcourir. Il est conseillé normalement pour les premières étapes d’y aller tranquillement. Je peine la journée mais à chaque douche je parviens à mettre mon corps sur reboot, ou plutôt en pause jusqu’au lendemain. Il y’a un côté agréable à tester sa résistance et l’endorphine y est pour beaucoup. Le cerveau, cet organe fantastique, aide aussi à justifier ma mise en mouvements.

J’ai passé une grosse portion du chemin à penser aux raisons pour lesquelles je marche. Les réponses sont multiples. Aujourd’hui je pensais à tous les pèlerin.e.s qui m’ont précédé.e.s, il y’a mille ans ou il y’a une semaine. Le fait qu’on aille tous dans le même sens, la fraternité que ça a pu créer et que ça crée aujourd’hui…ça me motive.

En pensant à tout ça et un peu avant Estaing, j’ai failli me faire écraser par la Malle Postale. Dois-je y voir un signe ?


Le château de Valérie

Les chemins bétonnés sont compensés par de très jolis lieux-dits, ainsi que par la commune de Verrières, dont l’architecture est de type Renaissance. J’apprends que nous sommes dans une portion de chemin régit par un microclimat : les plantes du coin sont d’affinités méditerranéennes. Incroyable non ?

Après Verrières se dresse une forte montée dans la forêt. Rapidement le bitume revient sur 1km, et j’entre-aperçois la ville d’Estaing, d’abord cachée par les feuillages. A part vous dire que l’ancien président Valérie Giscard vient du coin et qu’il est l’heureux propriétaire du château qui porte son nom, je n’ai fait qu’y passer. Mais la vue sur la ville et sur le Pont Trinquat est jolie.

A ce moment, il faut faire un choix entre deux GR : soit suivre le GR65, le même que d’habitude ; ou le GR6 qui suivrait un tronçon plus ‘historique’. Il est moins bien balisé, je reste sur une valeur sûre avec le GR65. Les kilomètres et les paysages sont paraît-il similaires.


Un dernier effort…

Le chemin grimpe, le soleil cogne. Comme pour nous aider à les oublier, il y’a des panneaux qui nous invite à trouver 20 croix sur le parcours jusqu’à Golinhac, soit environ 8km, et pleins d’informations en tout genre sur les villages traversés. J’apprends par exemple que les noms de villages en -ac (Golinhac, Espeyrac etc.) ont une origine celte ou gallo-romaine. Oui j’aime apprendre des choses qui ne me resserviront jamais.


Le Soulié

Passé Golinhac – alléluiah -, c’est un enchaînement de lieux-dits, j’ai largement dépassé mon quota de sueur. Une descente de béton me fait virevolter entre les noms de bleds, mais ce n’est jamais le bon. J’ai bien dû faire plus de 30km.

J’arrive enfin au Soulié, je vois la pancarte. Michel, qui gère le gîte, m’annonce la couleur : j’ai parcouru environ 35km, si ce n’est plus. Soit deux étapes en une. Il me prend en pitié et me fait filer à la douche. J’y suis rentrée à moitié morte, j’en ressors fraîche et – presque – pimpante.

C’est difficile de décrire la soirée que j’ai passée, qui pourra vous sembler très simple. Mais le lieu et sa végétation, le mélange des genres, des âges et des histoires de vie ont créé ce soir-là une sorte de magie dont je me rappellerai pendant longtemps. Michel, un peu bourru mais profondément humain, en a été le parfait chef d’orchestre.


Après ma douche je me suis posée à côté d’un groupe de 8 personnes qui – selon Michel lui-même – ont confondu chambres d’hôtes et gîte pèlerin. Ils sont en tenue du dimanche, je porte mon t-shirt bariolé ‘PYRENEES’ avec une marmotte et un bouc. Deux salles, deux ambiances.

Les autres pèlerins arrivent petit à petit et je découvre un groupe qui est parti un jour avant moi : Coralie, Anne, Olivier et François. Ils sont de générations différentes mais soudés et très drôles. Je rencontre également Anna, Babette, Nicolas…autant de personnes qui composeront la grande table de ce soir.

Mais avant la table, Michel nous propose un apéritif et sa version de l’explication du tympan de Conques – l’étape du lendemain – à coup de 8/6 à 12 degrés. J’ai passé plus de temps à observer Michel qu’à écouter son discours. Je me rattraperai demain avec la version officielle.


Nous passons à table, le repas est végétarien : soupe d’orties, lentilles, semoule, des légumes à foison qui font du bien ! Pendant le repas, chacun se présente, chaque histoire est unique et si certaines nous font rire, d’autres sont plus touchantes ou forcent le respect. Je passe en mode poubelle de table, je suis affamée. Grand bien me fasse, ma voisine a un appétit d’oiseau. Nous chantons également le chant pèlerin ‘Ultreia’, dont je reparlerai, mais qui reste en tête malgré une richesse des paroles toute relative….

Sortis de table, la guitare résonne et les gens chantent à tue-tête, les chiens aboient et on passe la soirée à rire. Dans le dortoir François imite la machine à café – pourquoi ? – et on continue à s’amuser. Mais il est tard et même si l’étape de demain est courte, chaque bonne chose a une fin.

Un orage éclate, l’électricité ne fonctionne plus et je me blottis dans ma couette. Les ronflements de François sont terribles, les filles dans le dortoir râlent et rient à la fois. Et moi je me sens vivante.


Les photos dont je ne sais pas quoi faire sont par ici

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