Culture Marche à pieds

JOUR 9 – 26 juin – Mon jugement dernier ?

juillet 28, 2020
Le Soulié – Conques : Normalement 14km

Je commence à croire que certaines choses qui arrivent ont une raison. Aujourd’hui était censé être un jour paisible, 14km jusqu’à Conques. Le programme à l’arrivée : faire la grosse touriste dans la ville et même m’autoriser une sieste dans l’abbaye avant d’entamer les hostilités du soir.


Le Soulié m’a retourné le cerveau

Je suis partie parmi les derniers du Soulié, après un petit-déjeuner copieux entourée de joyeux lurons. J’ai même fait la découverte du gâteau aux noix pour lequel mon cœur bat désormais la chamade. Bref, tout va bien, je remercie Michel et les hospitalières et je pars la fleur au fusil.

Le ciel est brumeux, c’est beau à voir, et je double tout le monde sans forcer jusqu’au premier village. J’ai envie et besoin d’être seule. Je pars pendant un long moment dans mes pensées, la soirée, les rencontres, la magie du lieu…tout m’a vraiment perturbé et je me mets à pleurer. Rien de fou, ce sont des larmes de joie. Cette marche me retourne, elle fait remonter pleins de choses à la surface. D’habitude ce sont les souvenirs pénibles qui remontent, ceux qu’on ose pas affronter. Mais finalement, n’est-ce pas tout aussi dur de creuser dans les souvenirs positifs ?


J’ai surtout pensé à un des moments qui avait changé ma vie. Je crois que ça a été mon voyage en Scandinavie il y’a 13 ans. Il a déterminé pleins de choses : ma nouvelle vie en Alsace, mes études, qui je suis aujourd’hui et les ami.e.s que j’ai à présent qui sont importants pour moi. Bref, j’ai pris en pleine face une immense vague de gratitude envers la personne qui avait permis tout ça ; paradoxalement celle qui s’en veut le plus de m’avoir laissé faire tout ça.

Donc maman, si jamais tu lis ces lignes, c’est à toi que je pensais à ce moment-là. Merci de m’avoir laissé la liberté de faire mes choix, bons ou mauvais. Je t’aime ♡

Parenthèse amour fermée.


Et là, c’est le drame…

Je ne réfléchis pas à la signalisation, j’aperçois vite fait deux traits que je suis par habitude. Je passe un village, l’église a des vitraux modernes…ça me fait penser aux vitraux de Conques, conceptualisés par Pierre Soulages, que j’ai hâte de découvrir. C’est quand même étrange, il est 12h30 et ça fait plus d’une heure, à mon rythme, que j’aurais dû arriver à Conques. J’arrive à un cours d’eau, je me pose et je décide de jeter un œil sur mon appli Maps….

Je suis à 12km de Conques. En dessous. Genre bien en dessous. La signalisation que je suivais depuis le premier village était jaune et rouge, pas blanche et rouge comme elle devrait l’être, je n’ai pas fait attention.

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Je suis fatiguée, mais pas énervée, c’est pas le moment et ça ne sert à rien. J’essaye de trouver un chemin qui m’amène à Conques. Je trouve une route de béton, et toute la descente que je viens d’effectuer, il va falloir la remonter. Têtue, je refuse de faire du stop.


The Dutch Angel

1km, 2km…ça grimpe et pas un brin d’ombre à l’horizon sur ce chemin taillé pour les voitures mais pas pour les randonneurs. Je prends des forces en pensant à la soirée dans l’abbaye de Conques, la douche, le repas, le repas, et le repas.

Une voiture s’arrête à côté de moi, un homme baisse sa fenêtre et me regarde. J’explose de rire : à côté de lui se trouve une pèlerine – j’ai oublié son nom – qui a fait la même connerie que moi. Elle m’a suivi de loin, erreur fatale. Le conducteur, hollandais résidant depuis 10 ans en France mais ne parlant pas un mot de français, nous propose de nous ramener sur le bon GR. J’accepte. Jamais la climatisation artificielle d’une voiture ne m’a semblé aussi agréable.

Notre ange du jour nous dépose à 10km de Conques, en nous promettant que le reste est plat, exceptée une forte descente à 2km de Conques. Par contre, pour le soleil, il ne peut rien faire.


Pause à St-Marcel

Pour ma compère, c’est son dernier jour de marche. Fatiguée elle tente de faire du stop. Je continue, boostée et contente d’avoir évité un calvaire. Hier soir Michel nous a affirmé que chaque personne avait un ange gardien sur le chemin. Je souris en me disant que le mien, s’il existe, a bien travaillé.

A 4km environ de l’arrivée je tombe à St-Marcel sur une partie de la fine équipe d’hier soir, qui est stupéfaite de me voir derrière eux, alors que je suis partie avant eux. J’explique et ça rigole. Alors je ris aussi, tant qu’à faire, en réalisant que parfois, à aller trop vite, on ne va finalement pas trop loin.

Je repars pour le final avec les plus motivés, pendant que le reste du groupe se tâte à faire une sieste dans l’église. Ils savourent, la plupart s’arrête à Conques.


Une arrivée brutale à Conques avec l’homme aux papillons

Je n’ai plus envie d’être seule et je fais d’abord une portion de route avec Babette et Nicolas, qui étaient présents au Soulié hier soir. Mais Babette a mal au pied depuis hier et décide de prendre la variante bétonnée, car la descente vers Conques est réputée pour être casse-cheville.

Nous nous retrouvons à deux dans la descente infernale. Nos rythmes sont différents et Nicolas s’arrête très souvent pour observer les plantes et les insectes : c’est l’homme aux papillons. Ça me fait sourire, je me dis qu’on ne pourrait pas marcher ensemble très longtemps car nos rythmes sont opposés. C’est drôle comme les premières impressions peuvent être à ce point fausses.

Brutalement, la descente s’arrête. C’est après dix bonnes secondes de réflexion qu’on se rend compte que nous sommes à Conques. Et quelle vue ! Et quelle chaleur !



POINT CULTURE : quelle est la différence entre une abbatiale et une abbaye ? Non ce n’est pas une blague.

Une abbaye, c’est comme un monastère, ça regroupe l’ensemble des bâtiments et lieux de vie de la communauté religieuse. Alors que l’abbatiale, c’est uniquement l’église et la partie religieuse. L’abbatiale fait partie de l’abbaye.


A la découverte de Conques

Arrivée dans l’abbaye où nous passerons la nuit, nous sommes accueillis par les hospitaliers, qui nous amènent dans les lieux dont j’ai rêvé toute la journée : le dortoir et les douches. Je retrouve Julien, perdu de vue pendant quelques jours. C’est lui qui m’avait conseillé le Soulié, je le remercie et on papote. J’ai l’impression de déranger mon voisin d’en face qui tente de dormir. Il ressemble à un viking, je me fais toute petite.

Une douche plus tard, il est trop tard pour la sieste. Nous allons avec Julien visiter l’abbatiale. Il y’a beaucoup de choses à en dire, mais voici un résumé.

L’abbatiale a été construite au XIème siècle sur les fondements d’une ancienne basilique. Le monument a subi au cours des siècles les affres du temps – incendies, Révolution et anticléricalisme notamment – et a failli être démolie. C’est Prosper Mérimée, – auteur de Carmen, La Vénus d’Ille, Colomba…- alors inspecteur des Monuments historiques qui a permis sa restauration au XIXème siècle.

Si le sujet vous intéresse, il y’a plus d’informations par ici : https://www.tourisme-conques.fr/fr/conques/abbatiale

Nous retrouvons Nicolas dans le seul bar de Conques et buvons une première bière. Elle passe bien. Notre trio est en forme, nous trouvons même la motivation et la force de visiter les rues les moins visibles. Conques est complètement médiévale, et complètement touristique – les bâtiments du centre sont surtout des commerces – mais elle conserve une beauté intemporelle malgré tout. Une pluie salvatrice nous tombe dessus, sonnant l’heure de la seconde bière.


Une soirée dans l’abbatiale, une nuit dans l’abbaye

RDV est donné à 19h pour le repas du soir, un programme taillé sur-mesure nous attend. Nous mangeons avec Marlène et Gérard et un couple franco-américain ; le repas est moyen mais c’est génial de manger dans ces conditions et avec des chanoines. Ces derniers nous expliquent leurs missions, c’est intéressant, mais ils taillent les autres ordres et je trouve ça dommage. Nous apprenons également que les reliques de Conques ont été volées par un chanoine à Agen, d’où ces dernières étaient originaires.

Direction l’abbatiale pour des prières et des chants. Je m’endors à moitié. Passé une demi-heure, nous assistons à l’explication du tympan de l’abbatiale (voir paragraphe suivant) puis à un concert d’orgue et de violoncelle. Je suis complètement réveillée, c’est magnifique. Les vitraux de Soulages prennent tout leur sens et dansent avec les jeux de lumières et l’orage qui semble jouer à l’extérieur.

La dernière étape, ce sont les illuminations du tympan. Ça manque de musique, la pluie fait le travail et c’est réussi. Il est tard, c’est l’heure d’aller retrouver les dortoirs pour une nuit de sommeil bien méritée. Je m’effondre.


Bonus track : l’explication du tympan de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques

Un tympan, pour faire simple, c’est une représentation ornementale ou sculptée qu’on trouve parfois sur les façades de certaines églises ou abbatiales, en haut de la ou des portes principales. Elles peuvent représenter différentes scènes, mais c’est le jugement dernier qui est le plus fréquemment mis en avant.

Michel du Soulié avait sa version, le frère Jean-Daniel a eu la sienne. Je ne me lancerai pas dans l’explication complète car elle longue mais en voici les grandes lignes.

Le tympan de Conques fait 6,70 mètres de largeur, 3,60 mètres de hauteur. Si tu t’amuses à compter, tu devrais trouver 124 personnages. L’auteur est anonyme.

Il représente le jugement dernier. On retrouve différentes symboliques qui y sont associées comme par exemple la pesée des âmes sous le Christ, avec (il faut zoomer) un fight entre un ange et un démon. Ce dernier triche et appuie sur la balance, espérant la faire pencher de son côté. Evidement (!) ce sont les bonnes actions qui gagnent.

Le Christ trône au centre, le cercle qui l’entoure est une amande, comme une représentation du passage des âmes du monde terrestre au monde céleste. Il est entouré d’anges à sa gauche qui font barrière aux ‘suppliciés des enfers’. A sa droite, se tient le paradis, avec St-Pierre, Charlemagne ou Marie qui siège en bleu directement à sa droite ; ou plus bas les apôtres, les prophètes avec au centre Abraham.

A la gauche directe du Christ, c’est le bazar, avec les suppliciés de l’enfer. En fonction des versions, il paraîtrait que ceux qui regarde vers le Paradis sont ceux qui peuvent apercevoir une porte de sortie, s’ils se repentissent.

En bas à gauche du Christ, on retrouve une représentation des 7 pêchés capitaux. Vous les trouvez ?


Les photos dont je ne sais pas quoi faire sont par ici, elles ne correspondent pas toutes au GR65 :

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2 Comments

  • Reply
    torrent
    décembre 20, 2020 at 9:02

    Way cool! Some very valid points! I appreciate you writing this article and also the rest of the site is very good. Mil Dewie Hampton

    • Reply
      Antigone
      décembre 27, 2020 at 9:14

      Hey, thanks for those kind words, take care 🙂

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